Trois ans après la crise énergétique majeure qui a secoué l’Europe, la situation reste précaire. Bien que la période hivernale soit désormais derrière nous, les réserves de gaz sont à des niveaux historiquement bas, relançant les inquiétudes sur l’approvisionnement en énergie, notamment dans un contexte de prix élevés qui fragilisent les industries européennes.
Un hiver difficile pour les réserves de gaz
Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), l’hiver 2024 a été particulièrement difficile, avec des stocks de gaz au sein de l’UE tombant à seulement 34% de leur capacité à la mi-mars, contre 60% l’année précédente. En France, la situation est encore plus préoccupante, avec seulement 21% de stocks restants à la même date.
Les raisons de cette baisse importante ? Un hiver plus froid que prévu, une réduction des importations de gaz russe et une baisse significative de la production d’énergie solaire et éolienne durant les premières semaines de novembre, ce qui a entraîné une demande accrue de gaz pour les centrales électriques.
Des prix du gaz qui continuent de grimper
Cette situation de stocks tendus et de forte demande a conduit à une hausse des prix du gaz en fin d’année 2024 et au début de 2025. Les opérateurs ont dû puiser davantage dans leurs réserves, réduisant ainsi leur dépendance aux importations, lesquelles ont diminué de 6% en 2024. Cette pression sur les stocks européens pourrait aggraver la situation l’été prochain, période cruciale pour reconstituer les réserves avant l’hiver.
Une compétition accrue pour le gaz à l’échelle mondiale
L’Union européenne a mis en place un objectif de remplissage des réserves de gaz à 90% d’ici le 1er novembre de chaque année, mais cette année, le défi est de taille. Pour atteindre cet objectif, l’Europe devra importer des volumes de gaz encore plus importants, augmentant ainsi sa dépendance aux marchés mondiaux, notamment le Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Ce dernier est particulièrement recherché en Asie et en Europe, qui ont dû compenser le manque de gaz russe depuis le début de la guerre en Ukraine.
Les défis de la compétitivité industrielle
Depuis le début du conflit, les prix du gaz pour les consommateurs industriels européens sont en moyenne 30% plus élevés qu’en Chine et jusqu’à cinq fois plus qu’aux États-Unis. Cette différence de prix menace la compétitivité des entreprises européennes, déjà sous pression en raison de la hausse continue des coûts de l’énergie.
Un soulagement possible après 2026
Bien que la croissance de l’offre mondiale de GNL soit attendue pour les prochaines années, avec une augmentation de 1,5% en 2024 à 5% en 2025, le marché restera tendu jusqu’en 2025. Les prix du gaz sont ainsi estimés à 45 euros du MWh en 2025, soit presque deux fois plus élevés qu’avant la crise énergétique.
Toutefois, l’AIE anticipe que la situation pourrait se stabiliser après 2026, lorsque des volumes significatifs de GNL, notamment en provenance des États-Unis et du Qatar, commenceront à entrer sur le marché. Cela pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix du gaz à long terme.
La nécessité de la sobriété énergétique
Dans l’attente de cette évolution, l’Europe devra maintenir ses efforts en matière de sobriété énergétique, diversifier ses sources d’approvisionnement et renforcer la flexibilité de ses réseaux électriques, actuellement soutenus par les centrales à gaz. L’avenir de la sécurité énergétique européenne repose ainsi sur une combinaison de stratégies visant à renforcer la résilience du continent face aux fluctuations du marché mondial de l’énergie.